Les particularités d’un voyage à Cuba

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Petit à petit, Cuba devient une destination touristique comme les autres. On y retrouve les groupes en bus, les touristes du dimanche, les aventuriers, les backpackers, les couples, les groupes d’amis et même les Cubains de Miami. Bref, il y a du monde, de plus en plus ! Autant vous dire que le risque que Cuba devienne une destination trop touristique est grand. Pourtant, Cuba doit rester une destination où l’on ne voyage pas comme ailleurs. Ceci est aussi bien lié à la particularité des Cubains qu’à, avouns-le, un certain enfermement de l’île depuis la révolution de 1959.

J’ai retenu 6 éléments à aborder : le logement, la monnaie, les voitures, les transports, faire les courses et internet. Il y en a sûrement d’autres mais ce sont, pour moi, les 6 principaux.

Le logement à Cuba

L’une des premières particularités de Cuba est votre logement. Bien-sûr, il y a des hôtels comme partout ailleurs, de plus en plus. Mais ce sont surtout les casas particulares qui fleurissent ici. Ces “maisons particulières” ressemblent à nos antiques chambres d’hôtes en France. A Cuba, il s’agit d’une véritable institution et de loin la meilleure façon de découvrir le pays ! Nous avons eu la chance de rencontrer de belles personnes ou familles lors de notre séjour cubain. Nous n’oublierons jamais Marlen et Rafael, nos hôtes havanais, dont la magnifique chambre donne sur la Plaza Vieja. Rien que ça ! Dans les casas, vous aurez aussi droit à un succulent petit-déjeuner composé de fruits locaux, jus frais pressés quelques secondes avant d’être servi, café local, pain, oeufs et, si vous le souhaitez, charcuterie et fromage. Mais, entre nous, je vous conseille d’éviter la charcuterie, rarement de qualité. Certains petits-déj’ sont meilleurs que d’autres mais vous êtes rarement déçu.

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Difficile de trouver une meilleure vue sur la Plaza Vieja ! Un merveilleux réveil !

Mais, une question vous taraude sûrement : dormir chez l’habitant, c’est cher ? En fait, c’est ce qu’il y a de plus économique ! Autour de 65 € la nuit à La Havane dans de belles casas, entre 20 et 35 ailleurs, auxquels vous ajoutez 5 CUC (4,2 € environ) pour le petit-déjeuner par personne. Mais ces prix sont des fourchettes assez élevées, surtout à La Havane. En moyenne, en s’éloignant de la vieille ville, c’est plutôt de l’ordre de 45 € la nuit dans la capitale. Bien entendu, il existe aussi des taudis à 5-10 CUC la nuit… Mais attendez-vous à une propreté laissant à désirer, un accueil peu serviable, une mauvaise literie ou encore à l’absence de climatisation.

La dualité monétaire à Cuba

Que sont donc ces CUC que j’ai évoqués plus haut ? C’est l’une des deux monnaies cubaines. Oui, vous avez bien lu, DEUX monnaies ! Une autre grande particularité cubaine est la circulation de deux monnaies légales : le perso cubano ou moneda nacional (CUP) et le peso convertible (CUC). Chacune a son rôle et, en tant que touriste, vous pourriez passer à côté de certaines choses… mais il y a un moyen très simple d’y remédier. Je vais expliquer très simplement l’utilité et l’utilisation de chaque monnaie

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Le CUC est la monnaie pour toute transaction lié à l’étranger au sens large. Bien entendu, l’écrasante majorité concerne tout ce qui est lié au tourisme : casas, hôtels, restaurants, activités, transport en ville et entre chaque ville, vous-même en tant qu’étranger. Cette monnaie sera votre monnaie principale, pour ne pas dire unique, celle que vous utiliserez tous les jours, pour tout ou presque. Oui, précisions d’emblée que le paiement par carte, au printemps 2019, est aussi répandu que le tourisme en Corée du Nord. Cela existe mais il faut prendre son mal en patience pour l’effectuer ! Le peso convertible est indexé au dollar américain, qu’il a remplacé en 2004. Ainsi, le taux de change avec l’euro est à notre avantage puisque l’on tourne autour de 1 € pour 1,10/1,15 CUC en général.

Le CUP ou peso cubano est la monnaie principalement utilisée par les Cubains pour leurs dépenses du quotidien : marchés, stands de nourriture dans la rue, cafétariats locales, transports en commun locaux, etc. Sachez qu’un CUP a une valeur fixe qui est 25 fois inférieure à une celle du CUC. Ainsi, 1 CUC équivaut à 25 CUP. Beaucoup d’agences de voyage vous répèteront à l’envi qu’en tant que touriste, vous ne pourrez pas utiliser le CUP. Sachez que c’est faux ! D’une part, il est extrêmement simple de changer des CUC ou CUP en vous rendant dans une banque commerciale. Elles sont nombreuses. J’ai personnellement changé à La Havane sur la calle Obispo, un service très rapide et très professionnel. D’autre part, les utilisations ne sont pas si limitées que ça : stands de pizzas pour se caler, jus de fruits ou smoothies dans un stand local, un ticket de bus au prix local, vos pourboires pour les serveurs, etc. Le principal avantage est bien entendu le prix qui défie toute concurrence : une pizza à 10 pesos (ne vous attendez pas à une pizza italienne hein !) ou un délicieux jus de fruits à 5 pesos. En effet, le peso cubano étant initialement réservé aux Cubains, vous pouvez faire de belles économies en l’utilisant de temps à autre. Vous aurez plus de chance de pouvoir l’utiliser dans des villes moins touristiques comme Cienfuegos.

Cela va sans dire : lorsque certains musées affichent un prix identique en CUP et en CUC, vous devez bien entendu payer en CUC 🙂 D’une manière générale, un voyage à Cuba peut étonnament s’avérer cher compte tenu du niveau de vie sur place. L’utilisation du CUP vous permet d’amortir, de temps à autre, vos dépenses. Surtout, ils vous permet de vivre comme les Cubains ! L’exemple le plus topique que j’aime donner est la visite de la Finca Vigia d’Hemingway au sud de La Havane. Prenez un taxi et il vous en coûtera 20 CUC pour l’aller simple ou à peine moins. Allez sur le Parque de la Fraternidad, cherchez le bus P7, armez vous de patience car il risque d’être bondé, n’ayez pas peur d’être les seuls non-Cubains et vous vous en tirerez pour 0,4 peso cubano ! Oui, vous avez bien lu, même pas 2 centimes d’euros. Comme vous n’aurez probablement pas de pièces ou de petits billets, vous laisserez un billet de 5 pesos, cela sera une exemple affaire pour vous mais aussi pour le conducteur !

Les voitures à Cuba

Cuba est connue pour être un paradis pour les fanatiques de vieilles automobiles américaines. Ceci n’est pas une légende. L’île est un lieu mythique et un havre de paix pour les Lincoln, Chevrolet ou autres Pontiac des années 40-50. Il n’est pas possible d’en trouver autant au km² dans une autre contrée de la planète. En fait, l’explication est on ne peut plus simple. Avant la révolution de 1959, Cuba était une île très prisée par les Américains, notamment pendant la Prohibition, où ils venaient y passer des vacances. Aussi, disons-le clairement, ils venaient s’y saouler voire avaient recours à la prostitution. Fulgencio Baptista, le président de l’époque, un brin dictateur voire sanguinaire vers la fin de son règne, donnait pignon sur rue aux véhicules américains.

En 1959, changement radical. La révolution castriste renverse Baptista et prend le pouvoir. Rapidement, la situation se tend avec les USA qui atteint son paroxysme lors de la crise des fusées de Cuba en 1962. Sans lien avec cette dernière, les Etats-Unis ont mis en oeuvre un embargo contre Cuba en février de la même année suite à l’expropriation des grandes entreprises américaines pour nationalisation. Conséquence immédiate pour l’automobile : on ne peut plus importer de nouveaux véhicules et difficilement exporter.

La suite fut alors marquée par des décennies de débrouillardises. Les vieilles américaines étaient en effet les seuls véhicules à moteur de l’île ou presque ! Il a fallu les chouchouter, les rafistoler, changer les pièces intérieures ou carrément le moteur quand on le devait. Aujourd’hui, les Cubains sont très fiers de leurs belles américaines, belles comme au premier jour, si authentiques extérieurement. Et d’aucuns ne peuvent rester qu’émerveillés aussi bien par ces voitures que par la créativité des Cubains. Cette créativité est aussi marquée par l’émergence spectaculaire des scooters électriques, en raison de la crise du pétrole vénézuélien.

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Une superbe Chevrolet Impala des années 50
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Mais Cuba, ce n’est pas seulement les belles américaines ! En raison de l’embargo, Cuba a vécu sous perfusion soviétique pendant des décennies. Parmi les aides, Moscou a envoyé des nombreuses Lada. Or, ces Lada sont toujours là. Certes, elles peuvent avoir leur charme. Mais elles sont bien plus polluantes puisque le moteur est d’origine dans la plupart des cas…

Depuis quelques années, des voitures plus modernes ont débarqué. Des Lada dernière génération (oui, oui, ça existe) mais aussi des Peugeot. Mais cela reste une infîme minorité. En effet, je pense qu’on trouve plus de calèches à Cuba que de voitures des années 2010 !

Les déplacements à Cuba

Certes, ce n’est pas quelque chose de si particulier. Néanmoins, Cuba a ses petites traditions qui méritent une petite citation. Je ne parle bien entendu que du déplacement entre villes.

D’une part, le déplacement classique, en bus. Pour cela, un monopole bien cubain, les bus Viazul. Les tarifs et les bus sont corrects. Quelle est la particularité me direz-vous ? Eh bien les Viazul sont des bus réservés aux étrangers ! A priori, aucun cubain n’est autorisé à y embarquer. Le “a priori” est important car je n’en suis pas certain. J’applique simplement la réciprocité avec les bus cubains. En effet, les étrangers n’ont pas le droit d’emprunter les omnibus nacionales qui, eux, sont bel et bien réservés aux Cubains. On imagine déjà la différence abyssale de prix. Avec d’autres secteurs très particuliers, le transport routier entre villes est un exemple du non-mélange entre Cubains et étrangers, peu importe que vous soyez un touriste en groupe ou un vrai routard du voyage.

D’autre part, les fameux collectivos. Ces “taxis” sont un peu l’ancêtre du covoiturage. Vous souhaitez aller de La Havane à Trinidad en voiture ? Pas de problème. Parlez-en à votre hôte qui contactera lui-même l’agence (ou son pote…). Si vous n’êtes que 2, l’agence se chargera de trouver 2 autres personnes lorsqu’il s’agit d’un “vrai” collectivo (il y a des variantes que j’évoque plus bas). Trois avantages à ce type de transport que je vous recommande vivement face au bus. Le premier avantage est le confort. En effet, vous gagnez un temps fou : la voiture est plus rapide, parfois trop, le conducteur pouvant rouler à tombeau ouvert sur “autoroute”. C’est un déplacement de porte à porte et vous êtes normalement mieux installé que dans un bus. Deuxième avantage : c’est à peine plus cher voire le même prix que le bus. Attention toutefois, certaines destinations sont bien plus chères en voiture, notamment tout déplacement à Varadero. Troisième avantage, le trajet vous permettra de rencontrer d’autres personnes comme vous. Nous avons eu la chance de partager notre taxi avec un couple d’Anglais fort sympathiques entre Vinales et Cienfuegos. Le seul point noir, et c’est là que j’évoques les variantes, est que vous ne savez pas à quelle sauce vous allez être mangé quant au véhicule… La plupart sont des voitures normales pour 4 personnes. Mais vous pouvez tomber, par chance, sur une vieille américaine déglinguée pour 6 personnes, ce qu’on a eu entre Santa Clara et Varadero. Ou bien, par malchance, sur une espèce de camion dégueulasse et puant, sans aucune sécurité, pour plus de 10 personnes, comme par exemple ce que nous avons eu entre Trinidad et Santa Clara ! Le tout sur une route de montagne où le camion, sans frein à main, a vu son embrayage se bloquer, alors que nous étions sur une pente à plus de 10 % !

Alors oui, vous pouvez aussi louer une voiture. Mais, mis à part si vous souhaitez vous rendre dans des lieux très reculés, louer une voiture à Cuba n’est pas conseillé, en raison du prix très elévé (jamais moins de 70 € par jour, assurance incluse mais pas l’essence) et des routes secondaires pouvant être dans un état déplorable. Quand aux routes principales, incluant autoroutes, elles sont fréquentées par tout ce qui roule : voitures, camions à la fumée noire épaisse, scooters très lents, vélos, calèches et même des landeaux ! Sans oublier les marcheurs ! Le danger est partout, il vaut mieux donc laisser la conduite à des habitués.

Les courses à Cuba

Faire des achats à Cuba est tout sauf simple ! Il vous manque un peu de savon pour finir le séjour et il n’y en a plus dans votre casa ? Plus intime pour vous chères demoiselles, vous avez oublié vos serviettes hygiéniques ? Pas de problème, on va aller en acheter ! Ah oui mais… nous sommes à Cuba. Et qui dit Cuba dit Libreta. Qué ? La Libreta de Abastecimiento est le ticket de rationnement auquel à droit tout Cubain. En d’autres termes, le ticket représente la qualité maximale de certains aliments pour une personne par mois. Certains aliments inclus dans le ticket sont gratuits, d’autres non. Beaucoup de produits en sont exclus.

Quel rapport avec le fait de se procurer du savon ou des serviettes me direz-vous ? Eh bien, la Libreta s’est appauvrie ces dernières années et tout produit hygiénique a disparu. Les Cubains doivent donc les acheter avec leurs propres moyens, au prix fort, dans des lieux spécialisés. Car le ticket de rationnement implique une politique stricte de distribution des produits de la vie courante. A Cuba, pas de Carrefour Market à tous les coins de rue. Trouver une épicerie s’avère être une épine dans votre séjour cubain… Et ne parlons pas de trouver des produits hygiéniques !! Ces derniers sont vendus dans les magasins d’Etats Agua y Jabón. Premièrement, bon courage pour en trouver un ! Il n’y a pas beaucoup, c’est le moins que l’on puisse dire. Deuxièmement, vous allez problablement devoir y faire la queue avant d’entrer… Pas trop de monde à la fois dans le magasin ! Troisièment, vous allez être estomaqué par les prix ! Nous, Occidentaux, allons trouver cela cher, plus cher qu’en France même. Alors imaginez pour les pauvres Cubains dont le salaire moyen s’élève à 30 € par mois… Quatrièmement, les étals sont rarement remplis et il va manquer soit du shampoing, soit des serviettes hygiéniques, soit des deux. Quant à trouver de la crème solaire ou du répulsif anti-moustiques, cela pourrait se transformer en parcours du combattant ! Même des bouteilles d’eau sont parfois difficiles à trouver ! Néanmoins, sachez que ce n’est aussi rédhibitoire de faire quelques courses lorsque l’on s’éloigne des quartiers touristiques, notamment dans les villes moyennes (Cienfuegos, Trinidad, etc).

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Le Agua y Jabon de la calle Obispo à La Havane

Même si cela change petit à petit, Cuba n’est pas du tout une destination shopping, même pour les produits de tous les jours. Cela peut même vite se transformer en calvaire. Mais c’est très loin de ce que vivent les Cubains dans leur quotidien… Au début, on sourit de voir toutes ces mamas cubains faire la queue devant une boucherie. Puis, en discutant avec l’une d’entre elles, on apprend que c’est le seul arrivage de poulet du mois et qu’il n’y en aura pas pour tous le monde. Et, d’un coup, on comprend la difficulté, pour ne pas dire plus, dans laquelle vit cette adorable population… Les pénuries sont fréquentes et il n’est pas anormal de voir des étals vides.

Internet à Cuba

Last but not least, internet. Ah, vous en avez sûrement déjà entendu parler… !

Encore au printemps 2019, n’essayez pas de demander le code Wifi du bar, de la casa ou du routeur, cela n’existe quasiment pas. En effet, l’internet individuel est officiellement interdit. Mais la loi évolue très vite. Comment faire donc ? Vous devez vous procurer des cartes internet chez Etecsa, l’opérateur télécom. Vendue un CUC pour une heure de connexion, vous pouvez vous connecter sur les hotspots des villes via un login et un mot de passe. Mais attendez-vous à une longue attente… Autant vous dire que lorsque vous entendrez un jeune homme vous souffler à l’oreille “wifi card” (comme s’il vous proposait de la drogue) vendue pour 2 CUC, vous hésiterez à franchir le pas ou non… C’est un petit business en somme.

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Une carte Nauta vendue chez Etecsa pour CUC

Mais je souhaite pas plus que ça parler d’internet. D’une part, Cuba est une véritable détox ! Vous vous limitez à 10 minutes par jour voire tous les 2 jours. Et pourquoi pas ne pas y aller du tout du séjour ? Et d’autre part, le gouvernement cubain va offrir de plus en plus l’accès à internet. En 2018, la 3G est arrivée. En 2019, c’est au tour de la 4G. Je suis donc prêt à parier que la particularité d’internet aura disparu dans quelques années. Quelque chose de bien pour les Cubains, mis à part la censure de certains sites. Moins bien pour les touristes dont certains resteront collès à leur écran de téléphone…

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