Découvrir le Paris de la Révolution à pied (partie 3)

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La promenade dans le Paris révolutionnaire s’achève. Si vous n’avez pas encore lu les deux premières parties, voici le premier article et le second.

Dans ce récit, nous allons découvrir probablement les lieux les plus connus de la Révolution, hormis la Bastille. C’est aussi dans ce quartier de Paris que s’est jouée le changement de régime. Les Tuileries, la salle du Manège et la place de la Révolution sont en effet les lieux les plus marquants des évènements ayant suivi la prise de la Bastille.

Sans plus attendre, continuons notre ballade et plongeons-nous dans le Paris révolutionnaire.

La place du Carrousel et le fantôme du palais des Tuileries

Lorsque vous êtes proche de la pyramide du Louvre, vous apercevez l’arc de triomphe du Carrousel face à vous. Vous pouvez vous y rendre.

Un arc de triomphe postérieur à la Révolution

Pourquoi évoquer ce monument ? En effet, il est le seul sur votre chemin qui n’existait pas au moment de la Révolution. Pas seulement parce qu’il est objectivement beau… Construit en hommage à la Grande Armée de Napoléon Bonaparte entre 1807 et 1809, il marque le renouveau de la France d’après-Révolution.

D’une part, l’arc de triomphe du Carrousel évoque la réussite d’une France marchant sur l’Europe. Or, la monarchie n’avait jamais imaginé régner sur autant de territoires en si peu de temps. Célébrant la victoire de l’armée française à Austerlitz, l’arc de triomphe illustre la campagne de 1805 et la reddition d’Ulm le 20 octobre 1805. D’autre part, il est édifié devant le palais de Tuileries pour être une sorte d’entrée d’honneur. Le palais des Tuileries est un vrai symbole de la Révolution et on y revient rapidement.

L’arc de triomphe du Carrousel fait référence aux arcs de triomphe de l’Empire romain et notamment à celui de Septime Sévère à Rome. Les sujets des bas-reliefs illustrant les combats ont été choisis par le directeur du musée Napoléon au Palais du Louvre. Le quadrige au-dessus de la proue est une copie des chevaux de bronze de Constantin Ier, attelant le haut de la porte principale de la basilique Saint-Marc à Venise. La copie est réalisée par le sculpteur François-Joseph Bosio en 1828.

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L’une des rares photos représentant l’arc de triomphe du Carrousel face au palais des Tuileries, datant de 1860

Le palais des Tuileries, symbole de la Révolution

Marchez quelques mètres après l’arc de triomphe du Carrousel. Observez les ailes du Louvre des deux côtés. Lorsqu’elles se terminent, imaginez un bâtiment quasi-identique “fermant” l’ensemble du Louvre. Il se trouvait juste à l’entrée du jardin des Tuileries, à l’emplacement actuel de l’avenue du général Lemonnier.

Le palais des Tuileries est un élément essentiel pour comprendre le Paris de la Révolution. Tout le monde connaît la Bastille. Peu savent que les Tuileries sont avant-tout un palais. Pourtant, le rôle joué par la Bastille pendant la Révolution est aussi important, si ce n’est plus, que celui joué par le palais des Tuileries. La symbolique bat son plein lorsque l’on sait que le palais est aujourd’hui détruit.

Vie et mort du palais des Tuileries

Sa construction commence en 1564 sous l’impulsion de Catherine de Médicis, sur le site autrefois occupé par l’une des trois fabriques de tuiles établies en 1372. Vous savez donc d’où vient le nom Tuileries ! Agrandi sous les règnes successifs et unifié au Palais du Louvre, il est le premier point de l’autoroute historique de Paris, une perspective dans la succession de l’avenue des Champs-Élysées, de la place de la Concorde et du jardin des Tuileries.

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Première représentation de l’autoroute de Paris, à l’époque des Champs-Elysées à la Concorde. Aujourd’hui, celle-ci s’étire jusqu’à La Défense. Le palais des Tuileries est bien visible en arrière-plan.

Le palais des Tuileries est la résidence royale à Paris de nombreux souverains (Henri IV, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI mais aussi Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe) et empereurs (Napoléon Ier et Napoléon III). C’est aussi le siège de la première République et du Consulat. Son rôle en tant que siège officiel de la puissance française est interrompu par sa destruction causée par un incendie volontaire le 23 mai 1871, allumé par les Communards. Les ruines du palais des Tuileries ont été détruites en 1883.

La réalisation du vieux rêve du Grand Dessein du Louvre

La rencontre du Louvre et des Tuileries a été très difficile à réaliser. En effet, pas moins de huit projets sont nécessaires, d’Henri IV (1661) à Napoléon III (1860). Ces propositions ont toutes été abandonnées pour des raisons financières et n’ont pas été retenues par le gouvernement. C’est le projet de l’architecte Louis Visconti qui a a abouti, sous l’impulsion de Napoléon III, finalement fervent défenseur du projet.

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Le Grand Dessein réalisé !

Le palais des Tuileries, résidence forcée de Louis XVI

Au début de la période révolutionnaire, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants s’installent dans le palais le 6 octobre 1789. Les émeutiers ont en effet chassé la famille royale du château de Versailles. Les Tuileries entrent alors dans la grande histoire. Pendant 80 ans, le palais est la résidence principale des rois et des empereurs, ainsi que le théâtre d’événements politiques majeurs.

Pendant la Révolution, la famille royale réside pendant trois ans au palais. Le 21 juin 1791, elle tente de fuir mais, arrêtée à Varennes, elle est contrainte de rentrer aux Tuileries. Le palais va rester “tranquille” pendant un peu plus d’un an. C’était sans compter sur l’évènement le plus important et le tournant de la Révolution : la prise des Tuileries.

La prise des Tuileries du 10 août 1792, une journée historique

Le 10 août 1792 est probablement le jour le plus décisif de la Révolution française. À 7 heures, la famille royale est contrainte de quitter le palais, assiégé par les émeutiers. Sur la place de la Fraternité, nom révolutionnaire de la place du Carrousel, l’émeute gonfle. Une porte du palais s’ouvre. S’engouffre alors un torrent de sans-culottes. Les gardes suisses ouvrent le feu et provoquent une retraite des émeutiers au Carrousel. Touchés presque à bout portant, les émeutiers évacuent les lieux. Ils semblent sur le point d’abandonner la partie.

Mais, vers 10 heures, un groupe de volontaires marseillais réussit à pénétrer aux Tuileries. Le combat reprend. Le roi rédige une note enjoignant aux gardes suisses de déposer les armes immédiatement et de se retirer dans leur caserne. Obéissants, les gardes se retirent place Louis XV, qui ne s’appelle pas encore place de la Révolution. Mais ils sont rapidement encerclés, capturés, emmenés à la mairie puis massacrés.

Les émeutiers envahissent les Tuileries et lynchent pêle-mêle gardes encore sur place, serviteurs et fidèles. 600 Suisses, ainsi que 200 aristocrates et domestiques, ont perdu la vie le 10 août 1792. Après 1000 ans de pouvoir, la monarchie est abolie. Ce jour est également considéré comme le début de la Terreur et il sépare la Révolution française en deux parties: avant les années heureuses, après les années terribles.

L’installation de la Convention nationale au palais des Tuileries

La famille royale se réfugie dans la salle du Manège, qui abrite l’Assemblée législative. Le 21 août, la guillotine a été érigée sur la place de la Fraternité. Le 10 mai 1793, la Convention s’installe aux Tuileries dans la Galerie des Machines conçue par l’architecte Gisors. L’aspect extérieur des Tuileries n’a pas changé depuis l’installation de la Convention.

En revanche, l’arrivée de l’Assemblée nationale est marquée par l’inscription sur la façade du palais des trois mots clés de la mythologie républicaine. Le mot Unité est inscrit sur le pavillon de l’Horloge, Liberté sur le pavillon de Marsan et Egalité sur celui de Flore. Enfin, un bonnet phrygien est planté au sommet du pavillon Unité.

Le palais prend alors le nom de Palais national. Le Comité de Salut Public occupe la Petite-Galerie, tandis que le Comité de sécurité générale s’installe dans un hôtel particulier situé au nord de la cour du Carrousel, près du Pavillon de Marsan. De nombreux événements s’y déroulent, notamment la proscription des Girondins et la chute de Robespierre.

La légende du palais des Tuileries

L’histoire du Palais des Tuileries est aussi liée à une légende, celle de Jean l’écorcheur. C’est un boucher qui avait son étal sur le site du futur palais et était mécontent du montant de l’indemnisation offerte ar l’État lors son expropriation permettant la construction du palais. Jean est tué sur l’ordre de Catherine de Médicis au motif qu’il aurait pu la faire chanter car il connaissait ses turpitudes. Au moment de sa mort, il aurait jeté à son bourreau: “Soyez maudit, vous et vos maîtres ! Je serai de retour !“. Néanmoins, son corps n’a jamais été retrouvé.

Surnommé le “petit homme rouge des Tuileries”, il hante régulièrement le palais, son apparence annonçant toujours un drame à celui à qu’il a vécu. Ainsi, il apparaît à Saint-Denis, lors de la cérémonie du couronnement officiel de la reine Marie de Médicis, le lendemain de l’assassinat du roi Henri IV. En juillet 1792, il se présente devant la reine Marie-Antoinette, peu de temps avant la chute de la monarchie. De même, en 1815, il apparaît à Napoléon Ier quelques semaines avant la bataille de Waterloo. Enfin, il apparaît à Louis XVIII la veille de sa mort. Le 23 mai 1871, lors de l’incendie du palais, des témoins affirment que la silhouette du petit homme rouge est apparue une dernière fois à une fenêtre du palais.

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Le palais des Tuileries détruit lors de la Commune de Paris (1871)

Le jardin des Tuileries et la salle du Manège

Vous êtes déjà sur le jardin des Tuileries, vous pouvez vous y promener tranquillement.

Le jardin des Tuileries

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Cette gravure d’Israel Silvestre montre le jardin des Tuileries au XVIIème. Elle est surtout l’une des premières représentations des Champs-Elysées en arrière-plan. A l’époque, ce sont des… champs !

Au XIIIe siècle se trouvent les fabriques de tuiles évoquées plus haut. À partir de 1564, la construction du palais des Tuileries débute sous Catherine de Médicis. Elle souhaite notamment y associer un jardin à l’italienne à l’ouest du glacis de l’enceinte, l’actuelle place de la Concorde. Il se compose de six allées dans le sens de la longueur et de huit dans le sens de la largeur, qui délimitent des compartiments rectangulaires comprenant différentes plantations.

Pendant la Révolution, le jardin est témoin des grands événements dont le palais lui-même était le théâtre comme vous le savez déjà. La fameuse cérémonie de l’Être suprême du 8 juin 1794 se déroule dans le jardin des Tuileries. Des effigies représentant l’athéisme entouré d’ambition, d’égoïsme, de discorde et de fausse simplicité. Maximilian de Robespierre y met le feu dans une apothéose de cris et d’applaudissements. La procession se dirige ensuite vers le Champ-de-Mars.

Le 10 octobre, ce même bassin accueille le cercueil de Jean-Jacques Rousseau, drapé dans un drap parsemé d’étoiles. Le philosophe suisse a été exhumé d’Ermenonville afin que le Panthéon soit sa dernière demeure.

La salle du Manège

La salle ayant disparu, son emplacement doit être imaginé. Elle se situait à l’angle des actuelles rue de Rivoli et rue de Castiglione. Une plaque commémorative se situe au 230 rue de Rivoli.

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Localisation de la salle du Manège par rapport aux Tuileries (Louis Bretez, 1736)

Le Manège est le lieu où l’Assemblée nationale se réunit pendant la Révolution. Les événements les plus importants de la période, dont certains sont fondamentaux pour la France d’aujourd’hui, sont adoptés au Manège. Le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc de la royauté en octobre 1790, l’abolition de la royauté en septembre 1792, la proclamation de la République par le décret qui établit que les actes publics sont désormais datés de l’an I de la République le lendemain.

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L’intérieur de la salle du Manège pendant la Révolution

C’est aussi dans la salle du Manège que la mort du roi est votée, par une voix d’avance, par la Convention en janvier 1793. L’Assemblée nationale reste au Manège jusqu’au 9 mai 1793. La Convention décide ensuite de siéger aux Tuileries. La salle est démolie en 1802 lors du forage de la rue de Rivoli.

La place de la Concorde, lieu de la Révolution du sang

Promenez-vous tranquillement dans le jardin des Tuileries. A sa sortie, vous êtes sur la place de la Concorde, dernière étape de notre tour révolutionnaire.

Histoire de la place de la Concorde

Contrairement à beaucoup d’autres lieux parisiens, la place de la Concorde est une création récente puisqu’elle est établie peu de temps avant la Révolution. Son nom est alors place Louis XV. En 1748, la ville de Paris décide d’ériger une statue équestre de Louis XV afin de célébrer le rétablissement du roi après la maladie dont il souffrait.

Ange-Jacques Gabriel propose de conserver une simple esplanade d’argile, sans fonction, sans dessin, qui se situe au bout du jardin des Tuileries et qui s’appelle “esplanade du Pont-Tournant”, en référence à un pont de bois qui surplombe le fossé bordant la terrasse des Tuileries. Commencée par Edme Bouchardon et complétée par Jean-Baptiste Pigalle, la statue équestre de Louis XV est inaugurée le 20 juin 1763. La place est achevée en 1772 avec la mise en place d’une enceinte octogonale.

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Le projet Gabriel pour la place Louis XV (1758). Le bâtiment en arrière-plan est l’ancienne église de la Madeleine.

La place Louis XV devient la place de la Révolution

À l’époque de la Révolution française, la place est le lieu de passage des convois, improvisés ou ritualisés par le protocole des fêtes. C’est l’un des grands lieux de rassemblement de la période révolutionnaire, notamment lorsque la guillotine y est installée.

Le 11 août 1792, au lendemain de l’abolition de la monarchie, la statue équestre de Louis XV est renversée de son socle et envoyée à la fonte. A cette occasion, la place Louis XV est rebaptisée place de la Révolution. Le 10 août 1793, une statue de la Liberté de François-Frédéric Lemot est érigée sur l’emplacement de l’ancienne statue de Louis XV. La statue tient une pique dans la main droite. La statue est retirée en juin 1800.

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La Concorde en 1795 (François-Frédéric Lernot)

La guillotine, célèbre locataire de la place de la Révolution

La guillotine apparaît ponctuellement sur la place, notamment le 21 janvier 1793, lors de l’exécution de Louis XVI, seul cas où elle est érigée à l’ouest de la place, à mi-chemin entre le socle central et l’entrée des Champs-Élysées. Le 11 mai 1793, il s’y installe en permanence, y demeurant jusqu’au 9 juin 1794, veille de l’établissement de la loi du 22 prairial an II instituant la Grande Terreur, à l’est de la place entre le centre et l’entrée du jardin des Tuileries.

Sur les 2 498 personnes guillotinées à Paris pendant la Révolution, 1 119 le sont place de la Révolution. Parmi eux, outre Louis XVI, les noms de Marie-Antoinette, de Charlotte Corday, de Madame Roland, des Girondins, de Philippe d’Orléans, de Madame du Barry, de Danton, de Malesherbes et de Lavoisier sont connus.

La guillotine est ensuite transférée et renvoyée place de la Révolution uniquement pour l’exécution de Maximilien de Robespierre et de ses amis (28 juillet 1794). Le 30 juillet 1794, la guillotine est ramenée à la place de Grève, son emplacement d’origine, entre le 25 avril et le 21 août 1792.

Le 25 octobre 1795, dernier jour de la Convention et la veille de la création du Directoire, le gouvernement décida de la renommer place de la Concorde. En 1826, la place est renommée place Louis XVI, mais elle reprend son nom antérieur en juillet 1830.

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Sous la Restauration, la place de la Concorde a été débaptisée pour s’appeler place Louis XVI ! Ce ne fut qu’éphémère… (Guiseppe Canella, 1829)

1831, naissance de la place de la Concorde d’aujourd’hui

En 1831, le vice-roi d’Égypte, Muhammad Ali, offre à la France les deux obélisques qui marquaient alors l’entrée du temple de Louxor à Thèbes. Seule la première est transportée en France. C’est Louis-Philippe qui décide de l’ériger sur la place de la Concorde où “elle n’évoquerait aucun événement politique récent“. L’opération, véritable prouesse technique, est réalisée le 25 octobre 1836 en présence de plus de 200 000 personnes.

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Erection de l’obélique de Louxor, place de la Concorde (1836, François Dubois)

Entre 1836 et 1846, la place est transformée par l’architecte Jacques-Ignace Hittorff qui conserve le principe imaginé par Gabriel et ajoute les deux fontaines encore présentes aujourd’hui.

Conclusion

Ce dernier article est vraiment long, je m’en rends compte seulement en le relisant ! Et si vous avez enchaîné les trois articles, alors bravo ! J’ai pris beaucoup de plaisir à rédiger ces récits car ils combinent ma passion de l’histoire avec la ville dans laquelle je vis.

Maintenant, c’est à vous de refaire l’histoire et de suivre cet itinéraire le temps d’une promenade qui vous prendra une poignée d’heures. Imaginez, tentez de vous imprégner des lieux d’antan et redécouvrez Paris !

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