Oplontis et Herculaneum (Herculanum) : une petite étendue pour une grande révélation

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Golfo di Napoli

Prendre un avion pour Naples ? Si vous habitez à Paris et sa banlieue ou que vous n’êtes pas contre l’idée de vous rendre à Orly-Sud, rien de plus simple avec Transavia : un aller-retour peut être à moins de 60 € ! Non, je ne me suis pas trompé de dizaine, j’ai payé 56 €. C’est donc une destination plus qu’abordable.

En partant à Naples, plusieurs choix s’offrent à nous.

D’une part, rester à Napoli. Cette ville, où serait née la pizza, est si différente, si intrigante, si particulière que certains n’ont d’yeux que pour la cité de Maradona lorsqu’ils séjournent en région Campanie ou Campania en italien. Si Naples a ses charmes, peu adaptent leur visite dans la région par le prisme napolitain.

D’autre part, arriver à Naples, découvrir la ville, l’adorer ou la détester, et s’évader vers le sud et la côte amalfitaine. On se rend alors à Capri, sur le volcan qui fait peur, vers les ruines archéologiques des villes détruites par la Montagne voire les fumerolles du Solfatara pour les plus aventureux. C’est ce que fait la grande majorité des voyageurs. C’est aussi ce que nous avons choisi de faire en partie, au moins ce que nous avons pu faire en quelques jours ! Par exemple, nous avons exclu Capri, qui nous semblait dénuée d’intérêt.

Je n’évoquerai pas Naples, non pas parce que je n’aime pas cette ville mais parce que, mis à part y manger des pizzas (oh qu’elles sont bonnes ! ), je n’y ai pas fait grand chose. Je vous conseille de patienter devant l’entrée de la célèbre l’Antica di Michelle, proche de la gare centrale, pour déguster une délicieuse Margherita ou Marinara pour à peine 5 €. J’ai aussi pu rapidement me balader le long du port sans pouvoir dire que je connais suffisamment la ville. J’ai pu voir qu’elle était, en effet, intrigante, et que, par exemple, traverser la rue était un sport dangereux ! Mais j’y retournerai à coup sûr un jour.

Comme lors des premiers récits, j’ai choisi de narrer le côté historique de ce périple campanien dans deux articles, celui-ci et le second sur Pompeii et le Vésuve. La grande différence est que celui-ci est, pour la première fois, accompagné de vidéos disponibles sur la chaîne YouTube ! Elles sont un petit résumé de ce que j’ai pu découvrir sur place et je vous conseille de débuter par regarder la vidéo sur Oplontis puis celle sur Herculaneum avant de lire ce billet (les liens hypertextes sont insérés, allez-y, les vidéos ne durent que 2 et 4 minutes !). Oui, je ne suis pas très à l’aise, la qualité n’est pas forcément la meilleure mais on me pardonnera les premières fois ! C’est bon, vous avez regardé ? Alors on peut commencer !

En préambule, je recommande absolument d’acheter le « Pompeii pass ». Kézako ? Les 5 principaux sites archéologiques ouverts au public autour du Vésuve (Pompeii, Herculaneum, Oplontis, Borcoreale et Stabiae) au prix unique de 20 ou 22 € selon la saison, moitié prix pour les moins de 26 ans et gratuit pour les moins de 18 ans originaires de l’UE. En sachant que Pompeii seul est à 13 € et Herculaneum à 11 €, c’est rentable dès la 2ème visite ! Le pass peut s’acheter aléatoirement dans le premier des sites que vous visitez. Les 5 sites sont tous accessibles en prenant l’étrange mais efficace (et pas cher) métro-RER dénommé Circumvesuviana. Certains sites sont, il est vrai, plus accessibles que d’autres. Comme je n’ai pas pu visiter Stabiae et Borcoreale, ils ne seront pas évoqués.

 

Oplontis

Avant d’arriver à Oplontis, vous avez probablement déjà visité Herculaneum ou Pompeii. Pour beaucoup, Oplontis, c’est souvent « si on a le temps » voire « c’est quoi Oplontis ? Un restaurant grec ? ». Pourtant, il est selon moi indispensable de visiter et ce pour plusieurs raisons.

La première, parce que c’est le 3ème site archéologique du Golfe de Naples classé au patrimoine mondial de l’Unesco avec Pompeii et Herculaneum.

La seconde, parce que c’est un site minuscule qui se visite tranquillement en 45 minutes, même pour ceux qui regardent les moindres détails.

La troisième, parce que la conservation de la Villa Poppaea et de ses fresques sont remarquables.

oplontis

Le site d’Oplontis, situé proche de la station Torre Annunziata du Circumvesuviana, a été découvert au XVIIIème siècle dans la ville actuelle du même nom (Torre Annunziata, pas Oplontis). Mais c’est à partir de 1964 qu’ont débuté les véritables fouilles pour dévoiler les richesses de la ville antique. Oplontis est en fait un ensemble de 2 villas découvertes sur une superficie restreinte. Seule la Villa Poppaea est accessible au public. Quant au reste de la ville, il n’a pas été encore découvert ou est enfoui à jamais sous la ville nouvelle.

La Villa Poppaea (Villa de Poppée) fut très probablement la propriété de l’empereur Néron lui-même. Elle fut utilisée par sa seconde femme, Poppaea Sabina (Poppée), qui lui a donné son nom. Pour la petite histoire, Poppaea Sabina serait morte en 65, soit 14 ans avant l’éruption, des coups portés sur son ventre par son mari alors qu’elle était enceinte… N’oublions pas que Néron avait fait assassiner sa mère en 59 et aurait ordonné le départ du grand incendie de Rome en 64. Plus rien ne nous étonne de sa part !

La Villa fut construite au Ier siècle avant notre ère. Elle est l’une des plus grandes de la région, en sachant que la partie sud de la Villa est, elle aussi, enterrée à jamais sous la ville nouvelle.

Son incroyable conservation laisse entrevoir des détails comme les pièces de la maison, les jardins, la cour intérieure et même une piscine ! Pas moins de 13 jardins ont été mis à jour. Dans l’ordre des photos, vous verrez la cuisine sur les deux premières et la cour intérieure sur la troisième.

oplontis-kitchen

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Mais ce sont surtout les fresques qui impressionnent. La Villa Poppaea est l’une des plus belles représentations du second style pompéien, également appelé illusionnisme. Pour simplifier, car ce n’est pas un cours d’art romain, ce style est caractérisé par des peintures murales représentant la vie courante et les dieux romains, contrairement au premier style bien plus rustique avec ses murs en marbre. Elles sont donc un parfait témoignage de la vie en société au Ier siècle.

C’est problablement à Oplontis que j’ai vu les plus belles fresques romaines (attention, je n’ai malheureusement pas pu voir la Villa Dei Misteri à Pompeii, à mon grand regret). Nous n’étions que 4 (!) à visiter la Villa. Il faut dire que c’était en février et un mardi vers 11h30. C’est l’un des plaisirs de la visite, pouvoir apprécier longuement et tranquillement des vestiges si bien conservés. Voici 4 exemples de fresques que vous pouvez trouver à Oplontis. Les fresques ci-dessous se trouvaient dans les salons qui étaient nombreux (première, seconde et quatrième) et le tricilium (troisième). Les 2 premières photos représentent les fresques que vous voyez sur la vidéo.

oplontis-frescos

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Débutez la visite en partant vers la gauche après avoir descendu les escaliers nous amenant à la Villa. Commencez par les extérieurs, dont la fameuse piscine que vous trouverez en photo sur la toile puisque je pensais l’avoir sur mon appareil photo, ce qui n’était étrangement pas le cas… Continuez par la cour intérieure et promenez-vous de petite salle en petite salle. Je le répète, la visite est très courte et peut très facilement se combiner avec Herculaneum la même journée.

Herculaneum

Le site archéologique est situé dans la ville d’Ercolano, à 10 minutes à pied de la station Ercolano Scavi du Circumvesuviana. En descendant vers la cité antique, vous longerez sur la droite un musée de reconstitution de la ville antique. Par manque de temps, je n’ai pas pu le visiter mais, pour les gens qui aiment les reconstitutions historiques, je pense sincèrement qu’il vaut le coup. En arrivant, on aperçoit au loin que Herculaneum fut établie bien plus proche de la mer que ne l’ont été Pompeii et Oplontis. Avant l’éruption, la mer était même encore plus rapprochée.

Si, comme beaucoup, vous avez visité Pompeii en premier, votre première impression sera comme la mienne : « ouah, c’est petit ! ». En effet, en hauteur, on aperçoit facilement tout ce qui a pu être découvert d’Herculaneum. C’est l’une des principales forces de ce site, sa petitesse permet de le visiter très tranquillement en 2 ou 3 heures pour ceux qui regardent les moindres détails. Et des détails, il y en a ! Voici un aperçu du site d’Herculaneum.

herculaneum-view

La conservation des maisons, des boutiques, des thermes et autres est tout bonnement incroyable et nous plonge 2000 ans en arrière. La particularité d’Herculaneum est que, contrairement à Pompeii, elle n’a pas été ensevelie par un amas de cendres. Elle a été détruite par d’autres matières volcaniques, des flux pyroclastiques qui se sont solidifiés sur une hauteur moyenne d’environ 16 mètres. Ceci a permis la conservation des étages supérieurs des habitations, de mobiliers en bois voire de végétaux, ces derniers n’étant toutefois pas visibles sur le site. De même, cet état de conservation est aussi dû au fait que les fouilles en plein air n’ont débuté que très tardivement, au milieu du XIXème siècle et se sont achevées dans les années 1970-80. En effet, malgré les techniques modernes de conservation, l’air libre est plutôt néfaste aux vestiges à très long terme. Sachez surtout que, comme à Oplontis, la ville nouvelle a probablement enterré à jamais la majeure partie de la ville antique puisqu’on l’estime à 20 hectares, beaucoup en comparaison des 4 hectares mis à jour par les archéologues !

Avant de pénétrer au sein du site lui-même, nous pouvons l’admirer en hauteur, ce qui nous permet de savoir par où est-ce que l’on souhaite commencer. Les rues pavées sont formidablement d’origine et l’on se prend à voyager dans le temps. Voici un autre aperçu du site, dans lequel on peut voir l’aire sacrée au premier plan (j’y reviens plus bas).

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Si vous avez vu la vidéo avant de lire l’article (je l’espère), la maison dans laquelle je me trouve est celle du Relief de Télèphe, appelée ainsi car elle possédait une collection de sculptures néo-attiques dont le relief représentant le mythe de Télèphe, fils d’Hercule. En regardant le volcan, elle est située plutôt à l’est de la « ville découverte ». Deuxième d’Herculaneum par ordre de grandeur, la maison est construite dans une position panoramique le long du talus descendent vers la mer, qui était donc bien plus proche avant l’éruption. Je me trouve plus particulièrement dans l’atrium de la maison et la colonnes soutenaient les pièces à l’étage.

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A Herculaneum, l’un des principaux intérêts est la conservation des échoppes et lieux de vie (boulangerie sur la 1ère photo, tavernes / thermopolium sur les 2ème et 3ème photos, autres commerces sur la 4ème photo). Sur la première photo, les deux étranges objets que vous voyez sont des meules et la salle du fond était le four. Les tavernes et thermopolia étaient des lieux conviviaux où l’on servait repas et boissons, et peuvent être comparés à nos brasseries actuelles. La taverne possédait un toit tandis que le thermopolium (thermopolia au pluriel) était à ciel ouvert.

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L’une des salles les plus impressionnantes est le siège des Augustaux et était utilisée pour célébrer l’affranchissement des esclaves chanceux (Augustaux) qui s’inséraient dans la cité avec l’optique d’une promotion sociale. La remarquable fresque représente, de gauche à droite, l’entrée d’Hercule dans l’Olympe accompagné de Jupiter, Jupon et Minerve, et la lutte d’Hercule contre Achéloos.

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Les thermes pour hommes et pour femmes (sur la photo, ceux pour femmes) ont également été magnifiquement conservés.

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Comme toute ville romaine, Herculaneum comprenait également une aire sacrée dans laquelle se trouvait des temples dédiés aux divinités, dont Venus. Voici les ruines d’un de ces temples, dont on peut apercevoir le pied des colonnes.

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Enfin, pour moi l’une des plus belles maisons d’Herculaneum est la maison de Neptune et Amphitrite. L’on remarque tout de suite le triclinium situé au fond de la maison, qui était une salle de réception, et sa riche décoration. La mosaïque, qui se trouve au sein d’une nymphée (fontaine), représente les noces de Neptune et d’Amphitrite, mosaïque ayant donné son nom à la maison. Je vais m’arrêter là car je pourrais parler de tous les bâtiments…

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Enfin, je termine comme sur la vidéo par les arcades qui étaient pour certaines des abris d’embarcations. Eh oui, comme je l’ai dit plus en amont, la mer était bien plus proche à cette époque ! En 1980, pas moins de 300 squelettes ont été retrouvés à cet endroit. J’étais bien trop concentré à tourner la vidéo pour dégager une quelconque émotion mais, croyez-moi, c’est assez prenant. Les habitants essayaient d’atteindre le littoral pour échapper à l’éruption avec le plus souvent des objets de valeur comme monnaie et bijoux. Ils ont été tués par la chaleur des nuées ardentes, les matières volcaniques dont je parle dans la vidéo. Vous pardonnez la qualité de la photo, j’avais le soleil d’hiver dans le dos.

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Si vous allez visiter Pompeii, ne manquez pas Herculaneum. Vu les conditions de ma visite de Pompeii (qui n’ont pas été horribles, je vous rassure déjà), j’ai presque personnellement préféré Herculaneum qui est bien plus accessible et dont les détails peuvent paraître plus impressionnants.

Ces témoignages de l’histoire sont merveilleux et leur conservation est un travail compliqué mais ô combien utile et passionnant.

Pour aller plus loin

Les ouvrages sont nombreux et certains sont difficiles à catégoriser entre ce récit et celui sur Pompeii et le Vésuve. J’ai choisi les références les plus intéressantes et les plus variées possible.

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