Mostar et Sarajevo : connaissez-vous les deux perles de la Bosnie ?

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Lorsque l’on évoque la Bosnie-Herzégovine, certains restent sur des images du passé ou véhiculées par les médias : armes à feu, guerre, déportation voire génocide. Pour d’autres, à l’esprit moins fermé, la Bosnie est une curiosité à découvrir. Si les guides touristiques francophones commencent à conseiller les lecteurs à se rendre vers cette destination, peu ont franchi le pas. Alors, quelles sont les deux perles de la Bosnie ? Sarajevo et Mostar !

La Bosnie jouit d’un certain attrait auprès de nos voisins européens notamment grâce à la ville de Mostar qui concentre, à elle seule, la majorité des touristes et vacanciers, le « Day Trip » depuis Dubrovnik étant assez accessible. Il faut dire que le pays n’a qu’un minuscule accès à la mer, en fait un couloir appelé Neum et coincé entre 2 parties de la Croatie, et que le touriste des Balkans est avant-tout un touriste piscine-tuba.

La Bosnie est loin d’attirer la foule estivale à la limite du supportable de sa voisine croate et est une destination pour les curieux. S’il y a lieu de penser que le pays deviendra à coup sûr un centre du tourisme européen, elle reste préservée et ce même en période estivale. On y est même plutôt tranquille aux mois de juin et septembre. Par contre, l’hiver est pour les plus courageux…

En décidant de parcourir une partie des Balkans comme voyage estival, de Belgrade à Tirana, je n’avais pas coché la Bosnie comme étant la destination phare. Pourtant, j’ai été agréablement surpris par la beauté de ses deux villes les plus connues et par les paysages traversés lors de mon périple en bus depuis la Serbie voisine.

Sarajevo

Capitale depuis la proclamation de l’indépendance du pays en 1992, Sarajevo est une ville que l’on ne voit pas arriver : elle est encerclée de montagnes ! La cité est très étendue le long de la rivière Miljacka et ses principales attractions se trouvent à l’est.

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Nous avions choisi de louer un petit appartement proche de la mairie de Sarajevo. La première aventure fut de découvrir que son emplacement n’était pas aisé à trouver puisque le chauffeur de notre taxi a dû se mettre en communication avec le propriétaire de l’appartement pour s’y rendre ! Néanmoins, l’accueil de l’un comme de l’autre fut excellent et j’avais déjà une bonne impression de la ville. Placé sur une colline, l’appartement m’a permis d’en admirer l’essentiel. Il était tard, j’étais fatigué mais nous avons décidé de nous balader le long de la rivière pour une première découverte par nous-mêmes.

Le réveil est accompagné par le chant du muezzin des nombreux minarets nous entourant. La visite nous conduit inévitablement vers la vieille ville et son quartier appelé Baščaršija. Non, je ne donnerai pas un cours de prononciation de bosnien mais sachez seulement que le mot signifie « marché principal » et que c’est un bazar ottoman, construit au XVème siècle, comme ceux que l’on trouve en Turquie. La Bosnie est en effet une ancienne contrée de l’Empire ottoman. En commençant la visite par l’est de la ville, on y aperçoit d’abord la mairie de Sarajevo, appelée Vijećnica, entièrement reconstruite après le siège de Sarajevo (1992-1996).

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En entrant dans la vieille ville, les yeux se focalisent sur son monument le plus célèbre, la Sebilj, fontaine de bois de type ottoman, et on se perd doucement dans les dédales du bazar.

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sarajevo-churchL’une des choses que l’on remarque rapidement, c’est ce melting-pot religieux où les lieux de culte sont proches les uns des autres. Certains auteurs ou journalistes l’appellent même la Jérusalem des Balkans. Bien que le pays soit à majorité musulmane, on croise à Baščaršija dans un périmètre très réduit la grande mosquée du quartier, une vieille église orthodoxe, une cathédrale et une synagogue, soit la seule ville européenne où ces 4 édifices sont réunis au sein du même quartier. Si la communauté juive de Sarajevo est réduite à moins de 1 000 personnes, la synagogue, abritant aujourd’hui le musée juif de Bosnie-Herzégovine, est très bien conservée par les locaux. Pour les amateurs, c’est également à Baščaršija que se trouve le siège de la fédération de football de Bosnie-Herzégovine…

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En retournant près de la rivière, on y aperçoit le Pont Latin (Latinska ćuprija) dont la dernière reconstruction date de la fin du XVIIIème siècle. C’est à cet endroit précis, au croisement de la rue longeant la rivière et du pont, que l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche fut assassiné le 28 juin 1914, élément déclencheur de la Première Guerre mondiale. Une plaque commémorative nous le rappelle et un musée est dédié à cet « événement ». Pour un passionné d’histoire comme moi, c’est un lieu important et je m’y suis arrêté de longues minutes.

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En retournant vers le centre et notre marche vers l’ouest, on découvre toujours une ancienne habitation, une boutique d’artisanat sympathique ou un café où l’on souhaite s’arrêter. A la sortie de la vieille ville se trouve la flamme éternelle allumée en hommage aux victimes de la Seconde Guerre mondiale.

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La ville nouvelle, très étendue au-delà de la vieille ville, présente à mon sens peu d’intérêt. Elle est composée d’immeubles modernes et de tours n’ayant rien à envier à la banlieue parisienne. Mais elle représente le cœur économique et institutionnel du pays. Pour tout vous dire, je ne l’ai parcouru qu’en taxi et j’ai peut-être manqué certains lieux mais sans regret.

Contrairement à Mostar, j’ai trouvé que les stigmates des guerres de Yougoslavie sont moins visibles. D’une part, parce que Sarajevo est la capitale et que les moyens ont été mis pour la restaurer le plus rapidement possible. D’autre part, si les bâtiments en ruine sont sans doute aussi voire plus nombreux qu’à Mostar, comme le célèbre Hotel Igman dans les montagnes, ils restent moins visibles du fait de la grande étendue de la ville. Néanmoins, j’ai lu que ces bâtiments se trouvaient plutôt dans la ville nouvelle (que je connais donc très peu) et un gigantesque cimetière présent sur une colline en hauteur, probablement volontairement, nous rappelle la souffrance vécue par la population locale. Quelques bâtiments resteront probablement à jamais en ruine en souvenir d’une époque révolue.

Sans transition (mais vraiment aucune !), j’ai trouvé la nourriture délicieuse, à la cuisson plutôt maigre et très variée grâce à ses multiples influences occidentales comme orientales. Les ćevapi, petits morceaux de viande grillés à base de boeuf ou d’agneau, sont ce que l’on trouve le plus dans la vieille ville, à toutes les sauces (sans jeu de mots), accompagné d’une pita (somun) et de légumes pour moi, de frites pour d’autres (qui restent néanmoins des légumes !). Mais on trouve aussi de nombreuses soupes comme la čorba, du même nom que la soupe orientale, et de plats à base de légumes comme la dolma. D’une manière générale, on y mange très bien et notre porte-monnaie n’est pas mécontent.

Loin d’être envahis de touristes, ce qui est très agréable, j’ai été séduit par Sarajevo, ville reposante et pleine de découvertes. Il y a sûrement de bonnes soirées à faire mais cela n’a pas été testé… Je pense même que Sarajevo diffère sensiblement de ce que nous pouvons voir en Europe occidentale et nous introduit une culture dont on nous parle très peu. Le pays est proche et l’accessibilité est largement possible en moyennant un effort de temps et de confort puisqu’il n’y a pas de ligne aérienne directe à ce jour.

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Mostar

Après ces quelques jours à Sarajevo, nous prenons un bus de jour en direction de Mostar qui se situe en Herzégovine à environ 2h30 de trajet, probablement moins en voiture. Les paysages traversés sont vallonnés et montagneux, la route est difficile mais le plaisir des yeux l’emporte aisément. La vue des panneaux d’avertissement sur la présence de mines sont également prenants… Nous arrivons à la vieille gare routière de Mostar, à l’entrée de la ville, où le bus nous dépose.

Mostar est pour beaucoup le tragique symbole de la guerre de Bosnie et la destruction de son fameux pont est omniprésente sur internet. Pour trouver notre résidence, nous devons longer la Ulica maršala Tita, rue principale du côté est de la ville. Très vite, j’aperçois de très nombreux bâtiments en ruine, sur cette même rue, qui sont surreprésentés par rapport à Sarajevo. Probablement que les moyens n’ont pas été mis pour reconstruire la ville ou ont plutôt été alloués au fameux pont. L’image est très marquante et prenante mais elle a le mérite de faire prendre conscience des atrocités qui s’y sont déroulées.

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La ville étant d’une dimension réduite, j’arrive rapidement au fameux Stari Most, le vieux pont, l’attraction phare de la vieille ville de Mostar. L’autre attraction de la ville, qui est plus à l’est, est la maison Muslibegovica, ancienne maison ottomane magnifiquement conservée et témoin d’une époque lointaine, aujourd’hui transformée en hôtel. Bien que d’autres monuments imposants pourraient concurrencer ce pont, comme je l’évoquerai juste après, j’ai trouvé que toute la ville tournait autour de lui : les restaurants se doivent d’avoir la vue sur le pont et tous ceux de la vieille ville sont collés les uns aux autres pour avoir cette vue. Il y a bien moins de restaurants qui n’ont pas vue sur le pont que l’inverse. La ville peut être regardée de mille façons mais nos yeux se doivent toujours d’avoir le pont en point de mire. Les principales animations de la ville se déroule autour voire sur le pont qui devient alors un plongeoir ! Au passage, marcher sur le Stari Most est une expérience en raison du revêtement très glissant, déséquilibre garanti selon les chaussures portées ! Malgré toute cette tirade, cela reste l’une des plus belles images que je garde de mes voyages : ce pont, cette rivière sublime et ces montagnes aux alentours forment un ensemble à couper le souffle. La première photo du pont, qui est également la photo sommaire du récit, a été prise depuis le minaret de la principale mosquée de la ville.

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Alors oui, entre le 15 juillet et le 15 août, les touristes sont très présents. Même si on est loin de tomber dans le « trop touristique », il peut être difficile de marcher de manière fluide à certains endroits, certaines boutiques affichent des prix en euros et je n’ai pas toujours trouvé agréable de ne pas se sentir entièrement dépaysé alors que j’avais senti tout le contraire à Sarajevo. Néanmoins, en plein été, il fait très beau (et chaud, 37 ° à l’ombre !), le soleil est haut et se couche tard, des conditions parfaites pour admirer la merveilleuse couleur vert-émeraude de la rivière Neretva s’écoulant sous le pont. La nuit, la vieille ville éclaire ses beautés dont le pont reste encore une fois l’élément central.

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J’évoque beaucoup la vieille ville… En fait, si Mostar eût un destin tragique, c’est aussi parce qu’elle est divisée en deux. Je n’ai pas envie d’écrire des tartines sur une guerre mais rappelons qu’à l’origine, les communautés croate et musulmane de la ville s’opposaient à l’armée de l’État yougoslave puis, une fois son départ acquis, les deux communautés se sont retournées l’une contre l’autre, avec pour apogée la destruction du Stari Most par les Croates, édifié par les Ottomans au XVIème siècle et emblème de la communauté musulmane.

La division de la ville en deux se fait clairement ressentir lorsque l’on est sur les hauteurs : les minarets sont d’un côté, pour simplifier celui de la vieille ville, les églises sont de l’autre, celui de la ville nouvelle. Le clocher de la cathédrale est d’ailleurs plus haut que tous les minarets, comme l’étrange impression d’une concurrence entre eux. Il est également impossible de manquer l’immense croix d’une dizaine de mètres de haut présente sur une colline. Toutefois, je n’ai pas ressenti de tension dans la ville mais il est difficile de se faire une idée en ne restant quelques jours.

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Sans transition une nouvelle fois (à croire que je fais exprès !), on mange aussi bien à Mostar qu’à Sarajevo. Il existe même une boulangerie, dénommée Pekara (j’ai été rechercher le nom sur une de mes photos car elle en vaut la peine !) derrière la grande mosquée en prenant la rue se dirigeant vers la gare centrale, qui fait d’excellents sandwichs, plats et pâtisseries pour des prix dérisoires ! Je lui souhaite une longue vie !

Je conseille donc vivement la Bosnie-Herzégovine comme destination de vacances. Ce n’est ni une destination balnéaire, ni une destination détente, c’est une destination de découverte culturelle, de paysages, de randonnée pour certains, bien que les panneaux indiquant la présence de mines soient loin d’être une blague locale et que la plus grande prudence se doit d’être mise ! D’une manière plus générale, et j’y reviendrai prochainement à travers d’autres récits, me rendre en ex-Yougoslavie fut pour moi l’un de mes voyages les plus intéressants. En évoquant la Bosnie-Herzégovine avec mon entourage, j’ai eu comme retour les adjectifs étonnant, exotique, surprenant et même dangereux. Possiblement surprenant à la vue de certaines choses évoquées plus haut mais pas vraiment étonnant ou exotique, encore moins dangereux. Cette région est diverse et on peut tout y faire. Elle constitue un excellent point de chute pour les touristes, voyageurs ou backpackers. Elle n’est pas conseillée à ceux qui ne veulent rester que dans un hôtel ou au bord d’une plage. Et n’oubliez pas, on y mange très bien !

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Pour aller plus loin

Il existe bien peu d’ouvrages en langue française sur la Bosnie-Herzégovine et beaucoup sont concentrés sur l’attentat de 1914 ou les guerres de Yougoslavie. En voici quelques-uns pour ceux qui souhaiteraient faire quelques découvertes :

O. DELORME, « Récits d’historien – La guerre de 14 commence à Sarajevo », Hatier, 2014

Belle synthèse pour comprendre les fondements historiques de la Première Guerre mondiale et la naissance des États balkaniques. Beaucoup d’informations !

J. BRECHTL, « Balkan comfort food : home cooking from the heart », CreateSpace, 2016

Je vous ai beaucoup parlé de cuisine, voici un livre parfait pour goûter à la culture locale ! Attention, le livre est en anglais et il concerne l’entièreté des Balkans mais la cuisine des voisins est tout aussi délicieuse. Environ 15 pays rassemblés en 1 seul ouvrage, que demande le peuple ?

G. CAPUS, « A travers la Bosnie et l’Herzégovine : études et impressions de voyage, » Broché, 2011

Long récit d’un auteur ayant parcouru le pays.

Petit Futé sur la Bosnie-Herzégovine, 2015

Le seul guide francophone entièrement consacré au pays.

4 Responses

  1. Belle présentation qui sort des sentiers battus et belles photos ! Toujours les références à l’histoire que j’apprécie.
    Et voilà, l’envie d’aller voir ! Merci.

  2. Sabrine Butcher

    Bel article sur un endroit méconnu!
    A vraiment piqué ma curiosité et suscité une envie de découvrir ce lieu.
    Un petit paragraphe sur le budget à prévoir pour ce voyage permettrait sans doute de concrétiser cette envie.
    Mention spéciale pour les très belles photos publiées.

    • Merci Sabrine pour ton retour ! Tu as raison, j’ai plutôt fait des récits personnels pour l’instant. Je vais faire 2 ou 3 articles sur le road-trip en ex-Yougoslavie puis tu m’as convaincu de faire un article général sur l’organisation !
      Pour te répondre rapidement, juste pour la Bosnie, on a la possibilité d’arriver directement en Bosnie mais ça demande une escale en Italie. Sinon, le plus simple est Dubrovnik, probablement moins de 150 € aller-retour par personne en juin avec les compagnies low-cost, peut-être plus en été.
      Il y a des appartements, B&B ou hôtels vraiment très sympas à 50 € la nuit (bien-sûr, prix pour 2 personnes) même en plein été en réservant en mars-avril, donc moins cher en auberges ou dans des logements « moins » sympas. Le coût de la vie (transport, nourriture…) est bien plus bas qu’à Paris.
      Pour résumer, c’est une destination économique, bien plus que Dubrovnik ! 🙂

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