Dubrovnik : entre grandeur et décadence

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Non bene pro toto libertas venditur auro. Voici la devise latine de l’ancienne République de Raguse, aujourd’hui Dubrovnik, qui signifie « la liberté n’est vendue contre aucune sorte d’or ». Pourtant, si elle a bénéficié d’une relative indépendance du XIVème siècle à 1808, se considérant même comme un État libre, la République fut néanmoins vassale des Hongrois et des Ottomans. Raguse fut une grande puissante commerciale maritime durant la suzeraineté ottomane mais a commencé à décliner au XVIème au moment où l’Empire ottoman subissait ses premières défaites face aux puissantes européennes.

En 1808, la République fut annexée par Bonaparte au royaume d’Italie qu’il avait créé puis, plusieurs années plus tard, est devenue une province de l’Empire austro-hongrois. En 1918, après la dislocation de l’Empire, les Slaves des Balkans ont fondé le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui deviendra plus tard le Royaume de Yougoslavie, et la ville de Raguse (Ragusa) est renommée Dubrovnik. Le nom n’est pas sorti du chapeau et était utilisé par les Dalmates (ça aurait pu être les Dalmatiens, mais non…) depuis le Moyen-Âge.

 

La grandeur d’une cité autrefois meurtrie

Dubrovnik, c’est d’abord la grandeur d’une ville qui s’est fortement développée au cours du XXème siècle. Sa cité fortifiée, aujourd’hui dénommée Stari Grad (vielle ville) où se rassemblent 99 % des touristes, fut pendant des siècles l’entièreté de la ville. Puis, la population augmentant, la périphérie s’est développée tout autour et majoritairement au nord-est de la cité jusqu’au port et à la gare routière. Aujourd’hui, la cité fortifiée ne représente qu’une simple partie de la ville.

Dubrovnik est considérée comme la perle des Balkans, le joyau de la Croatie. Les raisons sont nombreuses. Dubrovnik fut véritablement la première ville d’ex-Yougoslavie à attirer le tourisme international. Auparavant, on disait « je vais à Dubrovnik » et non pas « je vais en Croatie ». Contrairement à Mostar, peu savent que la ville a fortement souffert des guerres de Yougoslavie au point de voir environ 60 % de ses habitations endommagées, incluant la cité, et s’en est relevée rapidement. Tout a été reconstruit à l’identique à la hâte ! Certains disent même que les médias internationaux étaient plus intéressés par la conservation du joyau architectural que par les victimes… Le nouveau pouvoir croate a vite compris l’intérêt de promouvoir Dubrovnik comme une destination touristique à grande échelle. Sa mission fut un succès retentissant.

En arrivant à Dubrovnik, j’avais déjà plusieurs jours derrière moi dans mon périple balkanique. Surtout, je venais de Bosnie où, comme vous le savez déjà, j’avais adoré Sarajevo et Mostar. Dubrovnik était un arrêt obligé entre la Bosnie et le Monténégro. Je précise que la visite s’est déroulée vers un 1er août et, lors de votre lecture du récit, vous ne devez jamais omettre ce détail ô combien important !

Accueilli par une chaleur de plomb et agréable pour quelqu’un aimant les températures élevées comme moi, nous nous installons dans notre appartement sur les hauteurs du port, assez éloigné de la vieille ville. La plupart des logements sont en effet des appartements ou des chambres aménagées et indépendantes mais situées dans des habitations où les locaux vivent à l’année. La vue de notre balcon est superbe, de jour comme de nuit. La mer est d’un bleu écarlate éclatant. Je conseille vivement de se loger en dehors de la vieille ville, si possible dans les hauteurs près du port. C’est proche des locaux, plus authentique et bien entendu moins cher.

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La vue depuis le balcon de notre appartement

 

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Un peu plus en retrait…

 

J’emprunte un bus pour aller directement à la cité. Accompagné d’une foule continue sur laquelle je reviendrai dans la partie suivante, la vieille ville nous accueille par ses remparts impressionnants et formidablement conservés ou (plutôt) restaurés à l’identique. Le ciel est merveilleusement bleu et le soleil éclaire parfaitement l’architecture admirable de la cité dans laquelle nous pénétrons une fois franchi la porte. Très vite, on tombe directement sur la grande fontaine d’Onofrio qui servait à alimenter Raguse en eau. La fontaine se trouve en fait à l’entrée de la Stradun, l’artère principale de la vieille ville, qui la traverse entièrement du côté ouest.

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L’entrée dans la cité fortifiée et la foule qui nous accompagne…

 

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La fontaine d’Onofrio

 

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La Stradun

 

Personnellement, je ne recommande aucun itinéraire. L’intérêt de Dubrovnik est de se perdre dans ses ruelles ! Nous avons beaucoup marché dans la cité, monté et descendu des marches, bu de l’eau (obligatoire !), fouiné ce que nous pouvions. Je conseille d’entrer par la porte principale, de s’arrêter à la fontaine et de partir où on veut, pourvu que l’on puisse tout faire. La vieille ville n’est pas si grande que cela, il n’y a nul besoin de courir pour en admirer ses recoins. Vous y verrez des églises, une cathédrale, des colonnes, des musées si vous le souhaitez, des boutiques « d’artisanat ».

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Une merveilleuse petite ruelle de Dubrovnik

 

J’ai personnellement peu de souvenir d’un bâtiment en particulier. Pour moi, ce n’était pas l’intérêt de Dubrovnik. Je me souviens d’avoir vu cette église A, cette cathédrale B mais je ne saurai vous dire son nom ou son histoire. Je me souviens surtout d’une vieille ville incroyable belle et parfaitement mise en valeur par le climat exceptionnel de la Dalmatie. On pourrait même dire que c’est probablement la plus belle cité fortifiée d’Europe, point de vue très subjectif puisque il m’en reste encore un paquet à découvrir !

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L’église Saint-Blaise, une église parmi d’autres à Dubrovnik

 

Après une ballade de quelques heures ponctuée de quelques arrêts, j’arrive au port de plaisance à l’autre bout de la vieille ville. On y aperçoit le funiculaire sur la gauche qui monte sur un simple point de vue mais qui, honnêtement, vaut le détour. Je ne l’ai pas utilisé mais, lors de mon départ en bus vers le Monténégro, j’ai pu apercevoir ce qui les amateurs de belles vues recherchaient.

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Pas simple de voir le funiculaire sur la colline en arrière-plan !

 

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Le port de plaisance et la terrasse d’un restaurant

 

Depuis le port de plaisance, on voit au loin une plage de galets, comme la grande majorité en Croatie, d’une belle eau claire. Nous sommes montés dans un bateau et ce fut le grand moment détente de la journée : eau à 27 °, pas tant de monde que cela ! Un véritable bonheur.

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Cette eau !

 

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J’ai l’air content…

 

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La forteresse de Lovrijenac depuis le bateau

 

Le soir venu, la cité s’anime et s’illumine de mille feux, on ressent la chance d’être ici et de découvrir un si bel endroit. Les terrasses sont pleines à craquer, la foule est toujours présente.

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Dubrovnik by night

 

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La Stradun à minuit… et encore, c’est calme !

 

À Dubrovnik, pour simplifier, (des exceptions existent mais on passe), il y a trois types de restaurants : les restaurants situés sur la Stradun, les restaurants situés au port de plaisance, les restaurants situés dans les ruelles. Évidemment, ceux situés sur la Stradun sont à éviter (usine à touristes, on vous appâte avec une carte mais on ne mange pas réellement local et pour très cher). Ceux situés au port ressemblent un peu à ceux situés sur la Stradun mais il y a des plats locaux et la vue est imbattable. C’est dans les ruelles que l’on trouve probablement les meilleurs restaurants de Dubrovnik, bien que tous ne se valent pas. Personnellement, j’ai cédé à la tentation de la vue du port de plaisance et j’ai plutôt apprécié.

Dubrovnik est une découverte formidable et une merveilleuse revanche pour une ville meurtrie d’ex-Yougoslavie d’être aussi attirante. Peut-être un peu trop…

 

La décadence d’une cité dévouée au tourisme de masse

Je vous avais indiqué de ne pas oublier la date de visite, elle est importante. Je n’ai pas connu Dubrovnik en juin ou septembre mais au beau milieu de l’été. De mon expérience, vu ce que j’ai aperçu au mois d’août, je vous conseille fortement d’effectuer cette visite en septembre si vous le pouvez. Ou plus tard. Ou plus tôt. Mais évitez cette période si vous voulez pouvoir admirer tranquillement ce qu’offre la ville.

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Dubrovnik surpeuplée

 

Car oui, Dubrovnik, c’est aussi la décadence d’une ville dévouée au tourisme de masse lors de la haute saison (voir mon article général sur la question). Premier constat une fois sur place : la foule… Marcher sur les pavés de la cité relève parfois du parcours du combattant tellement l’humain a investi les remparts. Les groupes d’agences de voyage, venant de partout dans le monde, sont omniprésents et monopolisent les lieux. On a l’impression que beaucoup sont là parce que « ça fait bien », parce que mon voisin ou mon collègue y a été. Pour nous francophones, entendre notre langue tous les 15 mètres ne nous dépaysent pas, bien au contraire. Certains trouveront cela rassurant, d’autres comme moi plutôt désagréables. Je suis en Croatie, pas à Saint-Tropez. De mon expérience de voyageur qui est plutôt honnête, je n’ai jamais vu autant de monde au sein d’un lieu de visite en extérieur d’une superficie si importante.

Le problème, c’est que les commerçants locaux ont compris l’astuce. Résultat, les prix sont exorbitants : 2 € un simple ticket de bus, 16 à 18 € un simple plat dans la vieille ville. Alors, mon filet de poisson était bon, pas de doute, mais nous sommes proches des prix parisiens alors que c’est un pays au coût de la vie bien inférieur. Comment font les locaux souhaitant passer un bon moment dans leur cité ? D’ailleurs, hors commerçants ou serveurs, vous ne verrez pas de Croates dans la vieille ville.

Dubrovnik a malheureusement cédé aux sirènes du tourisme Club Med. Pourtant, la cité est merveilleuse et unique, je la conseille vivement ! Mais, par pitié, si vous le pouvez, n’y allez pas entre le 15 juillet et le 15 août ! Si vous avez été à Dubrovnik à cette période mais que vous n’avez pas ressenti la même chose, laissez un commentaire, j’y étais peut-être au mauvais moment ou mon ressenti est exagéré.

Pour éviter cette décadence et profiter quand même de Dubrovnik, le mois de septembre me semble être le meilleur compromis : les compagnies low-cost n’ont pas stoppé leur route, la foule est moins pressante et, cerise sur le gâteau, c’est toujours l’été ! L’eau ne sera peut-être pas à 27 ° mais on en sera proche !

 

Et Game of Thrones dans tout ça ?

Parmi les multiples tours proposés aux voyageurs, une dizaine a pour thématique les « Game of Thrones locations ». Les fans de la série de HBO seront aux anges puisque Dubrovnik est le lieu emblématique de tournage de GOT depuis la saison 2 et plus exactement celui de King’s Landing (il y a quelques spoilers pour ceux qui ne sont pas à jour, attention !).

Ainsi, la forteresse Lovrijenac accueille « The Red Keep » et les escaliers baroques devant l’église St-Ignace sont l’hôte de la fameuse « walk of shame » de Cersei Lannister. C’est aussi dans ce lieu que Cersei s’est vengée en faisant exploser le grand septuaire de Baelor au feu grégeois.

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Une autre vue de la forteresse Louvrijenac

 

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Shame, shame !

 

Si je suis assidûment la série, je ne suis pas un fanatique et, surtout, je n’étais pas à jour lorsque j’ai visité Dubrovnik ! Je venais même à peine de commencer. Je ne savais donc pas vraiment que la série était tournée ici et j’ai laissé passer beaucoup de lieux. Mais ce superbe article (en anglais) offre une séance de rattrapage.

En regardant la série après le voyage, je me suis surpris à reconnaître certains lieux de tournage où j’avais été quelques semaines auparavant. Que ça fait du bien de voir Dubrovnik sans la foule !

 

Au final, on y va ou pas ?

Sans hésitation, oui ! Vous ne le regretterez pas. Vous irez même sur l’île de Lokrum où je n’ai même pas eu le temps d’aller, mon séjour étant (beaucoup) trop court.

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L’île de Lokrum

 

Je conseille de rester 5 à 7 jours selon vos envies, notamment si vous souhaitez explorer un peu plus la Croatie (Mlijet, Korčula) voire aller faire l’excursion classique vers Mostar où je recommande d’avoir un passeport car un tampon de la Bosnie, c’est sympa…

 

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